Les origines
En 1964, alors qu’ils travaillaient pour l’université de l’Illinois en tant qu’ingénieurs de recherche, le Dr Slottow, Donald Bitzer et Robert Wilson ont co-inventé le panneau d’affichage à plasma à courant alternatif pour le terminal informatique PLATO.
En 1966 aux USA les chercheurs de la Firme de verriers Owens (Illinois) publient un brevet et réalisent un afficheur digital doté de mémoire en utilisant la décharge dans les gaz et une technologie avec un diélectrique qui permet d’obtenir un effet mémoire.
Ce panneau à décharge dans les gaz, ou panneau à plasma, est un dispositif de visualisation par points lumineux doués de mémoire et permettant l’affichage permanent de données graphiques et alphanumériques. C’est un écran plat dont les points lumineux sont des cellules élémentaires remplies d’un mélange gazeux, qui émettent de la lumière par ionisation du gaz lorsque des tensions électriques leurs sont appliquées par des électrodes.
Les débuts à Saint-Egrève
Au Laboratoire Recherche Image (LRI) du site Thomson-CSF de Saint-Egrève des études sur ce système d’affichage ont débuté en 1968. L’ingénieur d’étude était Jean-Philippe Reboul. Il fut embauché en vue de développer un écran plat pour la Marine Nationale en vue de permettre un affichage dans les sous-marins moins encombrant que les TRC de l’époque. Serge Veron dirigeait ses travaux.

En 1970 Guy Moiroud prend la direction du LRI, succédant à Mr Charles. Depuis le point lumineux initial, en 2 ans des progrès sensibles sont accomplis par Jean-Philippe Reboul et son équipe (Mr Guillery, Mr Monfroy, Mr Michel et Jacques Portman pour l’électronique) : le tout premier écran plat comporte 10 lignes et 10 colonnes. Le gaz est du néon et la lumière émise est jaune orangée.

En septembre 1970, Jacques Portmann et Jean-Luc Berger affichent les premiers caractères alphanumériques sur un panneau en utilisant le premier multiplexeur MOS de la SESCOSEM, le générateur de code ASCII TMS4103.

En 1972, un premier panneau alphanumérique commandé par un clavier est présenté au salon des composants à Paris sous le nom PAVANE = PAnneau de Visualisation A NEon

En 1972, un panneau de taille plus importante est présenté au salon Electronika à Munich.

En 1973 (?), Jean-Philippe Reboul publie un article sur les écrans à panneaux plasma de TH-CSF dans l’onde électrique. Nous allons rechercher cet article en bibliothèque pour le publier ici.

Une baie de test des panneaux en 1973. Nous pouvons apprécier le volume nécessaire pour l’électronique de pilotage à l’époque !

La succession des premiers produits catalogue à partir de 1975

Lien vers l‘historique plus complet des panneaux à plasma monochromes (Retrospective réalisée par Michel Specty pour le journal PROFIL en 2000)
Les PAP dans les journaux de l’année…
Voici 4 vidéos réalisées successivement pour le journal de l’année des années 1992 à 1995 qui retracent des moments importants de l’évolution des panneaux à plasma à Thomson-CSF Saint-Egrève puis Moirans
Les panneaux à plasma en 1992
Le transfert des panneaux à plasma à Moirans en 1993
Les panneaux à plasma en 1994
Les panneaux à plasma en 1995
Extraits du parcours multimedia sur les PAP
En 1998 un parcours multimedia présente l’activité des Panneaux à Plasma à l’ensemble du personnel de TIV :
Liens vers des répertoires de vidéos et documents historiques sur les Panneaux à Plasma
Causerie sur les Panneaux à Plasma du 6 mars 2025
Personnes présentes : Jacques Deschamps / Michel Specty / Gérard Alberto / Guy Barret / Philippe Lamidey / Jean Claude Berthe / Bruno Rimaud / Etienne Froelich / Serge Salavin / Phhilippe Zorzan / Jacky Dutin/ Michel Pignon/ Jean-Luc Berger


Transcription des échanges sur l’histoire des PAP lors de cette journée
Le texte ci-dessous résume les échanges entre les participants sur l’histoire et le développement des panneaux à plasma au sein de l’entreprise. Ils discutent des débuts, de la recherche sur les écrans plats initiée par la Marine Nationale, des défis technologiques et de production rencontrés, des efforts pour développer la couleur et des applications militaires et civiles de leurs produits. Leurs échanges, marqués par des anecdotes personnelles et des références aux installations et aux équipes, brossent un tableau vivant des innovations et des difficultés rencontrées dans ce domaine au fil des décennies. La transcription des fichiers audio a été effectuée par NotebookLM.
Les origines des panneaux à plasma remontent à 1964, dans une université de l’Illinois, où le panneau à plasma à courant alternatif a été inventé comme terminal informatique sans mémoire. L’ajout d’un diélectrique, la magnésie, en 1966 a permis de lui donner de la mémoire. Des chercheurs ont publié un brevet sur cet afficheur digital doté de mémoire, toujours dans l’Illinois. À l’époque, l’université de l’Illinois était parfois associée à Owens Illinois, une grande usine spécialisée dans le verre
L’Implication Précoce de Thomson CSF et les Besoins de la Marine Nationale À Saint-Égrève, en 1968, Thomson CSF a commencé une étude sur un panneau plat
L’idée originelle venait de la Marine Nationale. Un ingénieur de la Marine, ayant consulté de la documentation, savait qu’il était possible de faire des écrans plats et la Marine avait absolument besoin de place, car un TRC (tube cathodique) prenait beaucoup de place dans un sous-marin. La Marine Nationale a donc fourni un financement pour cette étude. À cette époque, Thomson CSF commençait aussi à travailler sur les cristaux liquides, cherchant des alternatives pour faire des écrans et des mémoires. Au départ, le panneau à plasma était même considéré comme une mémoire, potentiellement pour remplacer les mémoires à tores. Jean-Philippe Reboul a été embauché pour mener cette étude
Des Premiers Prototypes au Déménagement à Saint-Égrève Les débuts de la réflexion sur un prototype ont eu lieu vers 1966
Initialement, l’idée était de faire un afficheur de deux par deux cellules, mais il a été décidé de faire un trois par trois pour avoir une cellule isolée au milieu et ainsi voir tous les cas de figure et les problèmes potentiels. L’équipe travaillait alors au laboratoire de Corbeville, qui était le centre de recherche de CSF. Tout le service a ensuite déménagé de Corbeville à Saint-Égrève. Pour les Parisiens, ce déménagement était perçu comme s’éloigner de la capitale. Un voyage a été organisé pour inciter les gens à venir à Saint-Égrève. Le service s’est installé dans le bâtiment M avec une quarantaine de personnes. Le contexte de l’époque dans les laboratoires permettait une grande liberté, appelée « études libres ». Tant que l’entreprise était rentable, notamment grâce aux tubes à mémoire qui rapportaient beaucoup d’argent, les ingénieurs pouvaient expérimenter et bricoler sans contrôle strict, sur la base de leur inspiration et d’un budget annuel
Technologies Sous-jacentes et Rôle des Verriers Pour faire un écran, il fallait des technologies apparentées aux tubes, un domaine dans lequel Thomson CSF avait une expertise
Les techniques spécifiques incluaient les tubes, les scellements, le vide. La profession de Verrier était extraordinaire et faisait la loi, car ce sont eux qui réalisaient les tubes par soufflage. Pour les écrans, il fallait prendre des pièces de verre pré-découpées, les sceller, faire le vide (ce qui était possible), et faire des dépôts. Thomson CSF disposait de toutes les compétences techniques nécessaires, y compris la technologie du verre par millions
Les Débuts Concrets du Panneau à Plasma chez Thomson Jean-Philippe Reboul, embauché pour l’étude, a travaillé sous la direction de Serge Véron
Les premiers essais étaient très difficiles : pour voir le premier point lumineux, il fallait se couvrir d’un drap noir, comme les photographes anciens pour voir la lumière. Les financeurs trouvaient cela prometteur. L’équipe de Jean-Philippe comprenait notamment Monsieur Guillery, Monsieur Monfroid, Monsieur Moiroud, et Jacques Portman. François Michel a aussi travaillé dans l’équipe plasma. Un tout premier écran prototype a été réalisé. En juillet 1970, lors d’un stage d’élève ingénieur (Jean-Luc Berger), les premiers caractères alphanumériques ont pu être affichés sur ce petit panneau. Un multiplexeur MOS de la SESCOSEM a été utilisé, marquant les débuts de l’utilisation de cette technologie. En 1971, au Salon des Composants à Paris, le panneau PAVAN a été présenté, affichant les noms des principaux contributeurs. Ce PAVAN (Panneau de Visualisation à Néon) est considéré comme le premier afficheur plat ressemblant à un écran
Évolution des Panneaux et Premières Applications Les panneaux ont évolué, devenant un peu plus importants, et ont été présentés lors de salons comme Electronica à Munich en 1973
Jean-Philippe Reboul a publié un article sur le sujet dans l’onde électrique en 1973. Les premiers produits comprenaient les modèles TH 7602, 7603, et 7604. Un gros contrat avec la Gendarmerie a équipé leurs tableaux de bord, affichant des informations du réseau SAPHIR. Il y avait aussi un panneau graphique, le 619. Des modèles comme le 761 ont eu diverses applications : Marine Nationale, Maïs Adour (bascules de pesée), EDF (manutention), écluse du port du Havre. L’entreprise gérait les retours et la qualité.
Transfert de l’Activité et Développement de l’Électronique L’activité panneaux plasma a été transférée, passant sous la responsabilité de Jacques Deschamps vers 1975
Une équipe s’est constituée, incluant notamment Jean-Claude Berthe. L’activité a peu à peu pris de l’importance. Le développement de l’électronique de commande est devenu indispensable, car les panneaux ne fonctionnaient pas seuls. Cela représentait un défi nouveau pour Thomson, dont la vocation première était les tubes. Malgré une certaine réticence, il a fallu monter une équipe d’électroniciens, incluant des personnes comme Michel Yono et Grivel
Pour l’électronique, l’équipe a collaboré avec la SESCOSEM, qui avait développé une technologie originale de circuits intégrés haute tension (demos)
Ils ont réussi à développer un circuit intégré haute tension, le ST B4732, en concurrence avec Texas Instruments. Tonnel, chef d’équipe à la SESCOSEM, était une figure importante dans ce développement, tout comme Françoise Vialette et Bernard Descamp. Serge Salavin, qui avait fait son stage et avait été embauché à la Sescosem par Tonnel, a ensuite rejoint l’activité plasma
Défis de Fabrication : La fabrication impliquait des dépôts sur dalles de verre. Utilisation du Verre Flotté
Au début, pour une résolution limitée, la sérigraphie était utilisée pour déposer les électrodes et la magnésie. Bien que l’or utilisé coûte cher, la finesse n’était pas un problème majeur à ce stade. La détection des pistes coupées était nécessaire. Une difficulté technique principale était d’obtenir un émail parfait pour les diélectriques, sans particules contaminantes et sans déformer les dalles lors du traitement thermique. L’utilisation de verre à vitre (verre flotté), plat et peu cher, était un avantage. Il fallait être capable d’identifier correctement la face côté « étain » du verre pour les dépôts. De nouveaux métiers et l’apport de compétences en chimie sont devenus importants
Contexte Industriel, Investissements et Positionnement.
L’utilisation du verre à vitre était un gros avantage en termes de coût. Cependant, l’acquisition d’équipements coûteux, comme les bâtis d’évaporation, a parfois rencontré des résistances internes, privilégiant les fournisseurs « maison » au détriment de solutions techniquement supérieures comme celles de Balzers. Un acte de courage d’un directeur a permis de surmonter ces obstacles. L’équipe plasma devait assurer une bonne uniformité de dépôt sur de grandes surfaces, ce qui nécessitait des équipements spéciaux. Les dépôts passèrent du canon au sputtering. Malgré les besoins spécifiques, l’activité plasma n’était pas toujours prioritaire pour l’obtention des moyens nécessaires, comparée à d’autres activités plus établies ou stratégiques. Il y avait un contraste entre les équipements plus modernes utilisés pour le plasma et le matériel parfois vétuste d’autres secteurs comme la fabrication de tubes caméra
Le Passage à la Couleur Initialement monochromes avec une décharge orange
L’introduction de la couleur a été une étape importante. Vers 1987, Michel Gay a fortement encouragé l’étude de la couleur, malgré les doutes. L’idée était d’ajouter des phosphores. Les tout premiers essais de couleur ont commencé vers 1986. Une première étape a consisté à utiliser un contrôleur monochrome pour afficher des caractères colorés en modifiant la table de caractères. Cela a rapidement fonctionné. La première image vidéo couleur était au début de très petite taille. L’image mobile est arrivée plus tard.
Principes de la Couleur et Défis Le principe de la couleur repose sur l’utilisation de luminophores rouges, verts et bleus dans les cellules
La combinaison des décharges permet d’obtenir différentes couleurs. Une préoccupation était la tenue du phosphore sous la décharge, menant au développement de la structure coplanaire où la décharge ne touche pas directement les luminophores. Le gaz a été changé de néon à néon-xénon pour obtenir un rayonnement UV compatible avec les phosphores. Le principe était connu, mais sa réalisation pratique pour les écrans plats était l’innovation.
Projets et Applications Notables des Années 80
Dans les années 80, l’activité plasma avait un catalogue et vendait des panneaux, notamment pour le militaire et l’aéronautique. Le contrat Stratagème pour l’armée de terre était un projet majeur. Il impliquait la fourniture de panneaux pour des calculateurs militaires, nécessitant le respect de normes militaires strictes et une documentation considérable. D’autres applications incluaient la Marine Indienne, EDF, les usines d’aluminium (idéal pour les champs magnétiques), le métro de Londres, et un projet pour le TGV. Des panneaux mono-caractères ont été développés pour les aéroports. L’activité était riche en projets variés
Brevets et Reconnaissance
L’équipe a déposé une vingtaine de brevets couvrant divers aspects (électronique, balayage, détection de défauts, couleur). Ces brevets constituaient un portefeuille valorisé. La valeur des brevets était importante dans les discussions avec les concurrents. En 1993 ou 1994, l’équipe a reçu un prix du SID (Society for Information Display) pour l’ensemble de ses travaux
Défis des Panneaux Monochromes et Durabilité
Les panneaux monochromes ont connu des problèmes de marquage, lié à la pollution de la magnésie stockée. Des solutions ont été mises en place, comme des pré-chauffages. Un autre défi était la gestion des contraintes thermiques, qui pouvaient causer des fissures sur les grandes dalles. Malgré cela, certains panneaux des années 90 fonctionnent encore, prouvant leur longévité. Les pannes concernent souvent l’alimentation. Les panneaux stockés longtemps peuvent nécessiter un temps de démarrage plus long et une « ionisation »
Le Déménagement et l’Expansion à Moirans (1994-1995)
La décision d’investir et de transférer l’activité plasma à Moirans, dans un nouveau bâtiment, a été prise. Le déménagement a eu lieu en octobre 1994 vers un site de 2800 m² incluant 900 m² de salle blanche équipée en grande partie de matériel neuf. L’objectif était d’industrialiser la couleur et de bénéficier de synergies locales. Le transfert s’est déroulé avec une continuité de production. La salle blanche était opérationnelle début 1995. Cependant, la mise en route du matériel, notamment des fours, a été difficile et a posé des problèmes
Progrès sur la Couleur et les Grands Formats à Moirans
Le développement de panneaux couleur de grande dimension s’est poursuivi à Moirans. Des modules de 65 cm pouvaient être juxtaposés pour former des écrans de 1,30 m. La production de 13 pouces haute résolution a été préparée. Un démonstrateur 22 pouces de qualité TV a été réalisé. En 1995, les projets incluaient les grands écrans haute résolution pour les marchés militaires et professionnels, le développement TV avec Thomson Multimédia/Tubes Display, et des projets européens pour les applications industrielles. Une extension de la salle blanche a été construite pour les panneaux 42 pouces. Malgré les difficultés techniques affectant les rendements, des panneaux fonctionnaient fin 1995, bien qu’ils nécessitent encore des améliorations de performance et d’aspect. Thomson Tubes Electroniques (TTE) et Thomson Consumer Electronics (TCE) étaient fortement impliqués
La Démonstration de la Coupe du Monde 1998
Un événement marquant a été la démonstration d’un écran plasma lors de la Coupe du Monde de football en 1998, présentée comme une réussite. L’équipe était fière. Une anecdote amusante est d’avoir apporté deux écrans, un pour le match et un pour la sécurité
Anecdotes et Expériences Diverses
L’activité a généré de nombreuses anecdotes et expériences, comme une visite en Russie pour évaluer une technologie concurrente, révélant le manque de moyens malgré les compétences scientifiques locales.
Une intervention en Espagne sur un bateau de l’Armada espagnole a montré que le problème venait d’une installation électrique externe et non du panneau lui-même. La multiplicité des projets (technologie verre, électronique, matériaux) a rendu le travail captivant et varié. Le contexte de marché, avant le plein essor du LCD, était porteur pour le plasma. La collaboration avec des figures externes comme Lucien Guyot a marqué l’équipe.
Décisions Stratégiques de Thomson et Contexte Européen
Thomson CSF, dont l’orientation était plutôt la défense, s’est assez vite désintéressé de ces technologies d’écrans. Il n’y avait pas d’argent pour investir massivement là-dedans. Thomson Consumer Electronics a été créé, en partie parce que certains y voyaient la télévision du futur. Thomson Consumer s’est intéressé et a un peu financé le projet plasma, mais il y a eu un virage, un arrêt des technologies. Le tissu industriel européen et français en particulier est parti, une « volonté politique de tout envoyer » ailleurs. L’Europe et les États-Unis n’ont plus d’usine qui fabrique du display (tube, plasma, LCD, OLED, etc.).
Comparaison avec la Concurrence Mondiale
Contrairement à l’Europe, il y avait au Japon et en Corée de nombreux acteurs travaillant sur les écrans plasma, comme Fujitsu, Nec, Mitsubishi, Pioneer, Hitachi, Daewoo, Samsung, et LG
Ces entreprises investissaient des milliards de dollars, pas seulement des millions. Dans le monde occidental, les Américains s’étaient désintéressés de cette technologie assez rapidement. IBM a été l’un des seuls américains à aller un peu plus loin, mais s’est arrêté très vite. L’Allemagne n’avait rien. L’effort européen était symbolique
Le Défi de l’Industrialisation
On sentait bien qu’il fallait passer de l’aspect recherche et développement à l’industrie
L’idée d’une ligne pilote a été évoquée chez Thomson Consumer pour mettre de l’industrie. Cependant, le coût estimé pour cette ligne pilote était de 150 millions de dollars, ce qui était déjà conséquent et entraînait une forte hésitation. Le PDG de l’époque chez Multimédia, Thierry Breton, a décidé de s’orienter vers le digital (cartes de contrôle, wifi) plutôt que la technologie plasma elle-même. Finalement, la ligne pilote n’a pas pu être réalisée
Culture d’Entreprise et d’Innovation
Le succès des Japonais est en partie attribué à une culture de collaboration et de partage d’expérience entre entreprises, même concurrentes, notamment lors de rencontres informelles le soir.
Aux États-Unis aussi, il y avait beaucoup d’échanges chez les fournisseurs. Cette culture permettait un échange d’informations riche. Une autre différence culturelle notable, mentionnée en comparaison avec le Japon et les laboratoires Bell aux États-Unis, est la tolérance à l’échec. Au Japon, un échec est considéré comme une opportunité d’apprendre pour repartir. Dans la culture européenne, et française en particulier, échouer peut entraîner une disqualification et une perte de confiance. NHK Labs au Japon est cité comme un exemple d’une entreprise qui a beaucoup travaillé sur une technologie plasma différente, a échoué car elle s’usait, mais a quand même produit des images, démontrant cette culture d’échec plus acceptée. En France, il y a une peur de prendre des risques alors que les concurrents investissent beaucoup sans attendre
Financement de la Recherche vs. Production
L’État français donnait de l’argent pour la recherche, et Thomson était satisfait de recevoir ces financements. Cependant, bien que l’État ait pu souhaiter que cet argent mène à de la production, Thomson ne voulait pas produire car cela nécessitait d’investir dans des chaînes de production, ce qui coûtait des milliards. Il y a eu des financements européens (contrats) conditionnés au passage à la phase industrielle, mais cela n’a pas suffi. Même la salle blanche à 80% était financée par des contrats d’État, pas par Thomson
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Avance Technologique et Réticence à Investir
En 1995, le niveau technologique de Thomson était comparable à celui de Pioneer
En 1997, Thomson avait terminé son laboratoire, tandis que Pioneer avait déjà un laboratoire et une chaîne pilote. En 1998-1999, Pioneer envisageait déjà la phase de production, avec des chaînes pilotes qui produisaient beaucoup, et ils investissaient sans être certains du retour sur investissement. Chez Thomson, on se posait toujours la question du retour sur investissement et du coût de fabrication. Pendant que Thomson faisait des plans d’affaires et des études avec des cabinets extérieurs, les concurrents construisaient des usines. Cette réticence à investir et cette approche de planification excessive étaient démotivantes pour les équipes.
Limitations Techniques du Plasma
La technologie plasma avait des inconvénients majeurs, notamment en production : la quantité d’énergie nécessaire pour produire les panneaux, car il fallait chauffer plusieurs fois à des températures de 600°C, ce qui était long et coûteux
Pendant le fonctionnement, un panneau plasma consommait beaucoup d’énergie, agissant comme un radiateur. Il fallait de l’énergie pour le faire fonctionner. Cette forte consommation énergétique laissait penser que la technologie était condamnée à terme. Un autre inconvénient était la difficulté initiale à faire de grandes surfaces
Durée de Vie Commerciale et Évolution des Technologies
Les téléviseurs plasma ont duré jusqu’à environ 2010
Leur durée de vie commerciale a été d’environ 7 à 8 ans, peut-être 10 ans. Au début, le plasma a pris la succession des tubes cathodiques et était le principal choix pour les grandes surfaces avant que le LCD ne rattrape son retard et surtout l’OLED n’arrive. Avec le recul, l’arrêt du plasma était peut-être une bonne décision en raison de sa faible durée de vie marchande et de sa consommation d’énergie élevée. Investir des milliards pour une technologie qui ne vivrait que 5 ou 6 ans ne semblait pas viable rétrospectivement
Qualité d’Image et Expérience Visuelle
Les écrans plasma, notamment ceux de Pioneer, étaient réputés pour leur image performante, naturelle, avec une certaine profondeur
En comparaison, les premiers écrans LCD étaient perçus comme plats. Les technologies plus récentes, comme les QLED, sont jugées belles et avec une bonne colorimétrie, bien que certains réglages soient nécessaires pour un confort visuel optimal
Expériences Personnelles des Acteurs du Projet
Les participants décrivent la fin du projet plasma comme un challenge technique, consistant à réaliser des séries de qualification
Ils étaient frustrés d’avoir atteint un certain niveau de rendement, considéré comme raisonnable, mais de voir le projet s’arrêter. Certains ont ressenti que la décision d’arrêter était peut-être déjà prise indépendamment des résultats techniques. Il y avait une pression pour baisser les coûts, ce qui compromettait les aspects technologiques nécessaires pour la durabilité. Le passage sous la direction de Thomson Consumer Electronics a apporté une nouvelle équipe axée sur la réduction des coûts, parfois au détriment de la qualité ou en refusant d’étudier des solutions techniques proposées par l’équipe technique. La décision semblait venir d’en haut, déconnectée de l’expertise technique. Vivre la fin du projet, surtout après avoir passé beaucoup de temps et d’énergie dessus, était compliqué. Certains avaient le sentiment d’être dans un sursis et ont ressenti un soulagement quand la fin est devenue officielle, même si cela impliquait de devoir chercher un autre emploi. D’autres sont partis avant la fin car ils sentaient que le projet n’irait pas plus loin, estimant que c’était un grand gâchis de voir les équipements arriver alors que la volonté d’aller de l’avant n’était pas là. L’implication personnelle était forte, certains travaillant tard le soir par passion pour le projet. Malgré des moyens minimaux, ils estiment avoir atteint des résultats probants. La fin du plasma a obligé certains à se réorienter
Recherche d’Applications Alternatives
Les participants ont exploré des idées pour utiliser la technologie plasma dans des domaines autres que la télévision, comme un détecteur de rayons cosmiques ou un détecteur pour les expériences de physique des particules (CMS ou Atlas au CERN)
Le prix Nobel Georges Charpak était venu voir ce qu’il était possible de faire avec les panneaux plasma, notamment en lien avec son propre système pour la tomodensitométrie. Cependant, ces explorations n’ont pas duré longtemps ou n’ont pas abouti à des applications concrètes
Recherche Fondamentale et Limites Techniques
Des recherches fondamentales ont été menées, notamment en collaboration avec l’Université de Toulouse et un chercheur du CNRS (Jean-Pierre Boeuf), pour modéliser la décharge plasma et tenter de trouver des moyens d’augmenter le rendement lumineux
Ces travaux visaient à explorer la limite théorique de l’efficacité lumineuse. Des recherches sur les enrobages de luminophores pour augmenter la profondeur de couleur ont aussi été mentionnées, en lien avec des techniques actuelles utilisées dans les panneaux (oculus, quantum dots). Ces recherches peuvent être inspirantes pour d’autres
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Culture d’Équipe et Organisation
L’équipe travaillant sur le plasma chez Thomson est décrite comme un groupe avec une grande variété de métiers et de compétences (électroniciens, chimistes, physiciens), où chacun était talentueux dans son domaine
L’ambiance était celle d’un « village techno » ou « village gaulois », où l’équipe se sentait autonome et très impliquée pour faire fonctionner sa propre technologie, parfois en dépit des directives externes ou des conflits internes. Cette organisation intégrée, où la communication était forte malgré la taille de l’équipe (environ 70 personnes à une époque), est considérée comme plus efficace que de séparer les métiers en secteurs distincts avec des objectifs potentiellement différents (par exemple, le rendement d’un seul secteur au lieu du rendement global). Les briefings matinaux au laboratoire des essais étaient un moment clé d’échange d’informations. De nombreuses personnes ayant contribué au projet sont mentionnées
Évolution des Métiers et Technologies
L’expérience du projet plasma est vue comme reflétant l’évolution des techniques, des technologies et des métiers dans les temps modernes
Cette évolution inclut les méthodologies, les processus, les logiciels de simulation pour la dimension technique, ainsi que l’évolution du management, avec l’arrivée de la gestion, des méthodes, et des objectifs